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mercredi, 10 janvier 2018 06:00

Professeur Nouar Ahmed, spécialiste en halieutique de la faculté des sciences biologiques de l’université des sciences et de la technologie Houari Boumediène : «On n’arrête pas d’alerter le ministère, mais on n’est pas écoutés»

Écrit par Seddiki Djamila
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Reporters : Vous avez animé récemment à Cherchell, en tant qu’expert en halieutique, un atelier «sur la pêche responsable», destiné aux pêcheurs de la wilaya de Tipasa, une initiative de l’association «Home» en partenariat avec le ministère de l’Environnement et l’ambassade de Belgique. Un thème on ne peut plus d’actualité vu l’état des ressources halieutiques en Algérie et de son massacre par les professionnels eux-mêmes ?

 

Professeur Nouar : Oui, nous avons essayé de défendre en premier la nature mais aussi, bien sûr, les pêcheurs, la profession. Notre objectif principal est l’exploitation rationnelle de nos ressources halieutiques. Pour y parvenir, nous nous basons sur le schéma simple d’un stock exploité défini en 1951 par Rickert, un des pionniers dans le domaine de la biologie des pêches ou halieutique. Il s’agit de déterminer pour une espèce (ou un groupe d’espèces) exploitée différentes caractéristiques (ou paramètres) parmi lesquelles deux paramètres concernent les gains (ou entrée), à savoir la reproduction assurant le renouvellement et la croissance permettant l’augmentation de la biomasse autrement dit du stock. Pour les pertes (ou sortie) la mortalité totale regroupant la mortalité naturelle causée par la sénescence, la vieillesse, la maladie, la prédation etc., et la mortalité par pêche (exploitation, effort). Une fois ces paramètres déterminés, l’utilisation de modèles analytiques permet de définir le niveau d’exploitation optimal qui sera une référence pour augmenter ou diminuer le niveau d’exploitation actuel en prenant des mesures de gestion adéquates.

Le stock en Algérie est plus touché par la pêche irresponsable et la surexploitation que par la mortalité naturelle. Vous vous souvenez peut-être qu’un ex-ministre de la Pêche, qui avait lancé, avec la collaboration des Espagnols, une opération nationale d’évaluation de la ressource, avait déclaré que le poisson mourait de vieillesse dans les côtes algériennes…

C’est une erreur grave, parce qu’en fait, il faut donner une part à la pêche et une part à la mortalité naturelle. En effet, si l’on considère un stock non exploité, c’est à dire un stock vierge, la biomasse augmente considérablement au point où les individus ne trouvent pas de conditions favorables, d’où une surpopulation et par conséquent une mortalité naturelle plus importante. Par contre, si on exploite de manière rationnelle, on tire profit du point de vue intérêts économique et social tout en faisant attention à ne pas dépasser les capacités offertes par dame nature autrement dit éviter la surpêche.

Cela semble être le cas en Algérie aujourd’hui, non ?

Oui, mais seulement pour certaines espèces et malheureusement dans beaucoup de zones de pêche. Ce qu’on peut dire de manière générale en Algérie, c’est que certaines zones sont surexploitées en raison de l’augmentation de l’effort de pêche sans évaluation des stocks. Il y a eu des recommandations et on a injecté de nouveaux bateaux de pêche. La flotte de pêche s’est développée sans pour autant que les captures ou des baisses de rendements ne soient constatées. Grosso modo, pour l’halieute, seule une bonne évaluation permet de déterminer des mesures de gestion à appliquer pour assurer une exploitation rationnelle en intervenant sur certains paramètres.

Quels sont ces paramètres ?

Pour qu’une exploitation soit rationnelle, on va jouer sur deux facteurs : l’effort de pêche et la taille de (première) capture de l’espèce. Ainsi, si l’on se trouve en situation de sous-pêche, on peut augmenter l’effort de pêche, par contre, en situation de surpêche (ou surexploitation), on doit réduire l’effort de pêche en diminuant le temps de pêche, le nombre de navires… Ou faire un déplacement de l’effort sur d’autres sites sur d’autres zones vierges et, dans le cas extrême, de procéder carrément à l’arrêt total de la pêche ou sa fermeture. C’est-à-dire créer ce qu’on appelle un repos biologique qui permet à l’espèce ciblée d’assurer le renouvellement de son stock. Le deuxième paramètre, taille de capture, est lié à l’engin de pêche qui doit être sélectif. Autrement dit, on ne doit capturer que des individus de taille relativement grande, éviter ainsi la capture des juvéniles dont la valeur marchande est négligeable (autant les laisser grandir), éviter également la capture des immatures pour les laisser atteindre la taille de maturité afin de se reproduire et augmenter la capacité et le renouvellement du stock.

Si l’on en juge par la communication présentée sur l’utilisation d’engins inadaptés, la situation semble être catastrophique, avec l’utilisation des filets qui ne sont pas aux normes, des filets trainants, dérivants qui détruisent tout sur leur passage…

On ne peut pas parler de catastrophe, mais disons qu’il y a une diminution drastique des rendements.

Est-ce que cette diminution est quantifiée ?

On peut l’évaluer à partir d’une analyse et d’un traitement de données biologiques et d’exploitation pour chaque espèce (ou groupe d’espèces) ciblée par le pêche et par la suite l’utilisation de modèles (mathématiques) analytiques permet (comme je l’ai déjà dit) de situer le niveau d’exploitation actuel par rapport au niveau d’exploitation optimal (idéal et recherché). Par ailleurs, à défaut de données biologiques fiables, certains signes (ou données empiriques) peuvent indiquer une bonne ou une mauvaise situation de pêche. Pour les pêcheurs, ces signes se traduisent par un bon ou un mauvais rendement c’est-à-dire un gain important pour un faible effort (bon) ou, à l’inverse, un gain faible pour un effort important (mauvais).
Il suffit donc de discuter avec un marin pêcheur pour juger la situation. Pour certaines espèces, il y a surexploitation et surtout mauvaise pratique de la pêche, telle que la pêche à l’explosif utilisée sur le petit pélagique (espèces vivant entre deux eaux) comme la sardine qui, malheureusement, se pratique à grande échelle et qui a détruit la ressource. Dans ce cas illicite, la réglementation doit s’appliquer de manière stricte et coercitive pour éviter, comme vous le dites, la catastrophe. Pour d’autres espèces démersales (espèces vivant en contact du fond) comme le rouget, le merlan et la baudroie, par exemple, il y a capture de petits individus, alors qu’il faut laisser le poisson se développer et ne pas le toucher. Là, aussi, il faut jouer sur l’engin qui doit être bien sélectionné, et c’est l’objectif de ces rencontres qui visent à sensibiliser les professionnels du secteur.

Comment expliquez-vous ce non-respect de la taille marchande des poissons vendus actuellement sur les étals des marchés ?

Ehx bien, tout ça, c’est la mise en place de la réglementation. Il faut insister sur la sélectivité de l’engin de pêche utilisé, sur les zones de pêche fréquentées, sur la biologie et l’écologie des espèces ciblées.

Mais qui doit faire cela ? Y a-t-il, selon vous, un laisser-aller des pouvoirs publics ou y a-t-il y une autre explication ?

Avant de parler de laisser-aller des pouvoirs publics, il y a un constat à faire. Moi, je raisonne en tant qu’halieute. Je définis les paramètres biologiques et d’exploitation pour mettre en évidence les normes d’une exploitation rationnelle. Je pense que si on suit convenablement la loi ou la réglementation de la pêche, basée sur des textes déjà définis et qui sont clairs et pratiques, on répond favorablement à ces normes de bonnes pratiques.

Vous êtes aussi consommateur… et la réalité du terrain prouve chaque jour ce laxisme ?

Pareil, ma réponse est comme pour la précédente question. Avant de parler de laisser-aller, vous l’avez bien dit, il y a un constat, des contraintes et vous n’êtes pas scientifique et pas du domaine pour juger. Ce que nous pouvons faire, c’est de profiter de ces journées pour sensibiliser les pêcheurs sur la situation et les inciter à exploiter rationnellement la ressource.

Pensez-vous qu’il y a des chances de mettre fin à cette situation et trouver des solutions à ce problème ?

Les chances et les solutions existent. Il s’agit de bien étudier la situation en pratiquant (là aussi) un schéma qui concerne l’aménagement des pêcheries. Parmi les nombreux modèles d’aménagement, je préfère celui du biologiste expert en aménagement, en l’occurrence Serge Garcia (1981). Ce schéma d’aménagement simple et pratique définit les différents mécanismes à étudier en tenant compte des trois acteurs, à savoir les professionnels (ou pêcheurs), les scientifiques et les décideurs (ou l’administration). Il se résume, avec au départ, par la nécessité d’avoir une banque de données fiables et adéquates. Ces données biologiques, environnementales, économiques, sociales, légales et politiques sont analysées pour faire ressortir les mesures de gestion pratiques facilitant le choix de la prise de décision qui sera suivie par l’action, le contrôle et la nouvelle évaluation (étape finale) qui rejoint l’étape initiale (banque de données) avec la situation recherchée : une exploitation rationnelle.

L’objectif de l’atelier, organisé par l’association «Home», est de proposer aux pêcheurs une charte de pêche responsable avec un guide des bonnes pratiques. C’est quoi cette charte ?

La charte, c’est une façon de pouvoir appliquer la réglementation de manière censée. Une charte, ce n’est pas une loi, elle est basée sur un guide de bonnes pratiques que j’avais déjà défini, en 2013, aux îles Habibas, que j’essayerai d’appliquer au niveau de Tipasa et de ses cinq ports, en donnant le maximum d’informations pour une prise de conscience, que la ressource n’est pas pérenne et qu’elle doit être protégée. Donc c’est une adhésion à des mesures, une prise de conscience pour pousser le professionnel à respecter les règles en accord avec les scientifiques et les pouvoirs publics, et ce, dans l’intérêt général.
Des propositions qui n’ont pas été suivies d’effet puisque vous avez cité l’exemple de 2013 à Bouzedjar, à Oran, où la même charte a été proposée sans résultats probants.

Y a-t-il des chances que celle-ci soit appliquée ici ?

Bien sûr, tout travail doit avoir une continuité. Il faut qu’il y ait un suivi, une récolte de nouvelles données et d’informations pour expliquer le fait que cela n’ait pas marché. Il faut qu’on analyse encore une fois pour voir leur application sur le terrain. C’est le schéma général classique de tous les pays qui veulent évaluer et contrôler la ressource pour une exploitation rationnelle.

En plus de la surexploitation, de l’utilisation de l’explosif, le milieu marin est victime de la pollution, en plus du plastique, par les pesticides qui sont utilisés par les fellahs dans la région de Damous, par exemple…

Il n’y a pas qu’à Damous que le problème se pose. J’ai cité cette commune, car un intervenant a parlé de la région. La pollution est partout, d’abord, parce que la population a augmenté, le plastique s’est développé à une allure effarante… Cela me rappelle avant les années 1980, on était content de trouver en mer une bouteille en plastique car elle était récupérée et servait à diverses utilisations. Aujourd’hui, il y a énormément de bouteilles en plastique qui polluent nos côtes. Malheureusement, c’est ça la situation. On parle de développement durable, aujourd’hui, mais tout a changé. La technologie, les engins ont changé… Avant, il n’y avait pas autant de navires, autant de consommation. Il faut savoir vivre avec, hélas !

Vous avez parlé de votre expérience avec les scientifiques maghrébins, en particulier, les Tunisiens et les Marocains. Est-ce qu’on peut dire que la situation est la même au niveau des pays maghrébins que chez nous ?

Oui, le constat est le même, d’ailleurs dans toute la Méditerranée. Il y a une tendance à la surpêche et une raréfaction de la ressource. Vous savez, moi, je vois les choses comme une évolution de la vie. Avant on avait la chasse terrestre qui se pratiquait où l’homme mangeait le gibier qu’il chassait. Après, une fois qu’on a vu que la nature ne pouvait plus donner, une fois que celle-ci s’est raréfiée, on est allé chercher autre chose. On est allé faire de l’élevage, et c’est la même chose pour la mer. Quand il n’y aura plus assez de poissons en mer, il faut passer par l’aquaculture parce que les moyens d’exploitation sont bien maîtrisés et performants.

L’autre point abordé est celui du repos biologique (ouverture et fermeture de la pêche), vous êtes assez critique sur le choix des périodes et vous avez remarqué certaines aberrations…

Je ne sais pas si je peux développer cela maintenant mais, brièvement, il faut dire que pour certaines espèces comme la crevette rouge (Aristeusantennatus), la période de fermeture et d’interdiction de la pêche arrêtée coïncide avec la période de reproduction de l’espèce. Pour la pêche chalutière, elle est interdite du 1er mai au 1er septembre pour les zones relativement côtières, où certaines espèces de poisson sont ciblées, alors que la crevette vit au-delà de ces zones côtières. Ainsi, en dehors de la période de fermeture, seule une partie de la flotte chalutière exploite les fonds à crevette rouge mais durant la fermeture tous les chalutiers vont exploiter ces fonds crevettiers. On assiste à un déplacement de l’effort de pêche vers des fonds où une espèce, (la crevette rouge) très recherchée, assure naturellement le renouvellement de son stock par la reproduction. Cette forte pression de pêche «créée par la réglementation» durant cette période estivale, qui coïncide avec la maturation des gonades de la crevette, empêche considérablement cette espèce à assurer naturellement sa reproduction et, par conséquent, le renouvellement de son stock.

Est-ce que vous faites part de ces remarques aux responsables du secteur et que vous répondent-ils ?

Vous savez, on n’arrête pas de le dire, malheureusement, on n’est pas écoutés et il y a beaucoup de résultats de recherche qui restent dans les tiroirs. La communauté méditerranéenne scientifique réalise beaucoup de travaux qui restent inconnus du grand public. Ces travaux de recherche nous permettent de communiquer, de les publier dans des revues scientifiques spécialisées et de remplir nos CV sans oublier qu’elles nous permettent de faire des échanges avec la communauté scientifique. Malheureusement, je dois dire qu’on n’est, pas du tout, écoutés par le ministère de la Pêche et des Ressources halieutiques. 

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